Solar Impulse : les coulisses de la traversée des Etats-Unis

Parti de San Francisco le 2 mai, il aura fallu 41 jours aux suisses Bertrand Piccard et André Borschberg pour rejoindre New York City à bord de Solar Impulse.

Cette traversée des Etats Unis d’Ouest en Est n’a pas été de tout repos, que ce soit pour les équipes au sol qui accompagnent l’avion ou pour les ingénieurs au Mission Control Center de Monaco qui guident et assistent les pilotes tout au long des vols.

Retour sur une traversée en 5 étapes.

Étape 1. San Francisco (Californie) – Phoenix
(Arizona) : rester dans le bon couloir

Date de décollage : 2 mai 2016 – Pilote : André Borschberg – Distance : 1113 km – Durée : 15h52mn

Pour Solar Impulse, l’une des principales difficultés du tour du monde est liée aux autorisations de survol des territoires. Ce trajet vers Phoenix (Sud-Est de San Francisco) était, à cet égard, particulièrement complexe car il nécessitait d’emprunter un étroit couloir aérien entouré de zones militaires interdites de survol. « Alors que nous allions vers le Sud, toute la difficulté de ce vol était d’éviter les forts vents d’Ouest qui auraient pu nous pousser vers des zones interdites de survol », explique le Responsable Altran de la stratégie et des prévisions de vol pour Solar Impulse, Christophe Béesau.

Le survol de telles zones aurait pu mettre un terme à l’aventure Solar Impulse, il a donc fallu attendre des conditions météorologiques optimales avec un vent très faible pour finalement donner l’autorisation à André Borschberg de décoller. Pour Christophe Béesau, ce vol n’a donc pas été de tout repos : « C’était une situation très stressante car en cas de vent fort, l’avion aurait pu sortir de son couloir. » Solar Impulse atterrira finalement sans encombre à Phoenix après environ 16h de vol.

Étape 2. Phoenix (Arizona) – Tulsa (Oklahoma) : éviter les tornades

Date de décollage : 12 mai 2016 – Pilote : Bertrand Piccard – Distance : 1570 km – Durée : 18h10mn

Pour Solar Impulse, l’objectif de ce deuxième vol était d’atteindre le centre des Etats-Unis. Durant la préparation, les prévisions de routage étaient particulièrement difficiles à établir car le climat est très variable sur la partie Est des Etats-Unis à cette période. « L’air humide remonte du Golfe du Mexique et rencontre les courants chauds du Texas et de l’Oklahoma » nous explique Christophe Béesau. Au fur et à mesure que les jours avançaient, l’air devenait de plus en plus chaud et le risque de tornades augmentait, il fallait donc traverser au plus vite cette ‘vallée des tornades’.

« Nous avons fini par trouver la bonne fenêtre météo mais il restait encore à identifier une solution d’hébergement pour l’avion à l’arrivée. Il a fallu faire très vite pour régler tous les problèmes logistiques en lien avec la direction de l’aéroport de Tulsa. » C’est finalement à moins de 12 h du décollage que les équipes ont eu la confirmation finale : Solar Impulse pouvait repartir vers sa nouvelle destination.

Étape 3. Tulsa (Oklahoma) – Dayton (Ohio) : gérer un délai très court entre 2 vols

Date de décollage : 21 mai 2016 – Pilote : André Borschberg – Distance : 1113 km – Durée : 16h34mn

Le challenge de cette étape se trouvait essentiellement à l’arrivée à Dayton. Pour gagner du temps, Solar Impulse avait prévu de faire un « pit stop » à cette occasion, à savoir un court arrêt pour maintenance technique avant un redécollage quasi immédiat vers Lehigh Valley. Cette situation est difficile à gérer pour les équipes au sol car cela implique d’installer un hangar mobile 2 fois en très peu de temps « Pour un seul atterrissage, 8h de montage sont nécessaires pour accueillir l’avion en toute sécurité », nous confie Christian Le Liepvre, Directeur du partenariat Solar Impulse.»

Pour un seul atterrissage, 8h de montage sont nécessaires pour accueillir l’avion en toute sécurité Christian Le Liepvre Directeur du partenariat Solar Impulse

C’était sans compter sur un événement inattendu qui allait clouer Solar Impulse au sol un peu plus longtemps que prévu…

Étape 4. Dayton (Ohio) – Lehigh Valley (Pennsylvanie) : rebondir après l’incident du hangar

Date de décollage : 25 mai 2016 – Pilote : Bertrand Piccard – Distance : 1044 km – Durée : 16h49mn

Alors que l’avion devait redécoller vers Lehigh Valley, les équipes de Solar Impulse ont fait face à un problème majeur: une panne dans le système de gonflage du hangar abritant l’avion. Il fallait alors réparer le système au plus vite pour éviter que les 2,5 tonnes de structure du hangar ne s’écroulent sur l’avion. Au bout de quelques minutes, le problème était résolu mais une partie du hangar s’était déjà partiellement affaissée sur les ailes de l’appareil.

Près de 24 h de vérifications sur l’avion ont été nécessaires et un nouveau plan de vol a dû être élaboré très rapidement par l’équipe Altran à Monaco, la configuration météo ayant beaucoup changé entre temps. « D’importants nuages s’étaient formés sur la route et nous empêchaient d’accumuler autant d’énergie que nous aurions voulu ; la moindre petite masse nuageuse inattendue aurait pu priver l’avion de l’énergie nécessaire pour boucler l’étape » rapporte Christophe Béesau. Mais les simulations étaient suffisamment précises et fiables pour décider de voler et ainsi minimiser le retard lié à l’incident du hangar. Solar Impulse atterrira sans encombre au bout de 16h49 de vol.

Étape 5. Lehigh Valley (Pennsylvanie) – New York City (New York) : suivre les traces de Lindbergh

Date de décollage : 10 juin – Pilote : André Borschberg – Distance : 262 km – Durée : 4h43

Après un premier vol retardé en raison de la météo, cette ultime étape de la traversée des Etats-Unis a été relativement courte mais portée par une certaine émotion. L’excitation était d’ailleurs visible sur tous les visages au moment où Solar Impulse a survolé la Statue de la Liberté.

Nous suivons les traces de Lindbergh Christophe Béesau Responsable Altran de la stratégie et des prévisions de vol pour Solar Impulse

Le choix de la « Big Apple » comme étape ultime des Etats-Unis n’était pas anodin. « Nous suivons les traces de Lindbergh », s’enthousiasme Christophe Béesau. A bord du Spirit of Saint-Louis, Charles Lindbergh fut en effet le premier aviateur à traverser l’Atlantique en solitaire, entre New York City et Paris, les 20 et 21 mai 1927. Solar Impulse aura besoin de deux à trois fois plus de temps pour en faire de même dans quelques jours.